Musiques à Cannes – Interview avec le Le directeur général de la Sacem

A l’occasion du festival de Cannes, nous avons eu l’opportunité d’interviewer Jean-Noel Tronc, Le directeur général de la Sacem.

En effet depuis quelques années maintenant se déroule lors du festival, ce que l’on appelle le « Cannes Soundtrack » dont le but est de valoriser la musique à l’image et ses compositeurs, troisième auteur d’un film au même titre que le réalisateur et le scénariste. Durant cette quinzaine dédiée au 7èmeArt, la Sacem propose plusieurs rendez-vous et accueille les compositeurs des films présentés.

Parmi les événements importants de cette édition

  • MASTER-CLASS « MUSIQUE ET CINÉMA » – MARC MARDER

Samedi 18 mai – de 11h à 13h, Pavillon Cinémas du Monde (n°109)

  • A LIFE IN SOUDNTRACK – BERTRAND TAVERNIER

Lundi 20 mai – 16h30, Salle Buñuel

Place à l’interview

Bonjour, pourriez-vous rappeler ce qu’est La SACEM exactement ? 

La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique est la maison des créateurs : auteurs, compositeurs, éditeurs de musique, humoristes, doubleurs, réalisateurs.

Près de 165 000 membres dont plus de 20 000 créateurs étrangers l’ont choisie pour protéger leurs œuvres et défendre leurs intérêts dans le monde entier.
Sa mission essentielle est de collecter les droits d’auteur et de les répartir aux auteurs, compositeurs et éditeurs dont les œuvres ont été diffusées ou reproduites. Cette mission est fondamentale pour pérenniser la création et le fonctionnement de la filière musicale. La Sacem déploie aussi une politique de soutien à la création – via son action culturelle –  qui est l’une des plus importantes au monde : accompagnement des carrières artistiques, aide à la diffusion des œuvres et à l’insertion des jeunes professionnels….

Voilà donc quelque temps que vous vous associer avec le festival de Cannes, pourquoi ce festival plus qu’un autre ? 

La musique étant une composante indissociable d’une œuvre cinématographique, la Sacem mène une politique d’action culturelle active pour soutenir la création musicale dans ce secteur. Elle soutient une cinquantaine de manifestations audiovisuelles, mais aussi les créateurs. 

L’aide à la création de musique originale se déploie à travers neuf programmes d’aides, incluant le long métrage, le court métrage, le documentaire, la fiction et série TV. En 2018, plus de 130 projets ont été soutenus. Parmi eux, une quinzaine de longs métrages ont été sélectionnés dans des festivals, dont 5 à Cannes… et 110 compositeurs accompagnés ont été primés.

De par le prestige de ce rendez-vous et sa dimension internationale, le festival de Cannes, dont la Sacem est un partenaire institutionnel, représente un enjeu de visibilité majeur pour les compositeurs. Nombreux sont nos membres créateurs qui exportent aujourd’hui leur travail dans ce secteur particulier qu’est la musique de film : Cannes représente une très belle occasion dans l’année de mettre en lumière leur métier. 

Cette année, vous organisez une masterclass liée à Marc Marder.  Pourquoi ce choix ? 

Né à New-York et vivant à Paris, Marc Marder est un compositeur renommé ayant noué de nombreuses collaborations avec des réalisateurs français et étrangers, tant pour des films documentaires que des fictions. Il collabore notamment très régulièrement avec Rithy Panh, réalisateur franco cambodgien.

Un certain nombre des films auxquels il a participé ont par ailleurs été programmé dans la sélection officielle du festival de Cannes ou encore à Un Certain Regard. Il s’est par ailleurs vu décerner le Prix France Musique Sacem de musique de film pour l’Image manquantede Rithy Panh en 2014. 

La Master class est destinée avant tout aux jeunes réalisateurs de la Fabrique Cinéma (organisée par l’Institut français), originaires d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie et il nous semble important de leur permettre d’échanger avec un compositeur ayant collaboré avec des réalisateurs provenant d’autres pays que la France et ayant à la fois travaillé sur des films documentaires et des fictions ainsi que ces jeunes réalisateurs préparant actuellement leur film. Il est aussi important que le compositeur proposé ait le désir de transmettre et échanger, tel est le cas !

Dans l’idée de mettre en avant la musique, ne pensez-vous pas qu’un compositeur plus « Populaire » aurait été une manière d’attirer le jeune public ? 

Tout est possible, l’essentiel pour nous est que le compositeur puisse transmettre sa passion, explique sa vision, sa façon de travailler aux jeunes réalisateurs de La Fabrique cinéma. L’an dernier Amine Bouhafa a échangé pendant plus de deux heures.

Quels seront les autres temps forts cannois ?

La Sacem est devenue partenaire institutionnel officiel du Festival de Cannes en 2018. Nous avons créé avec Thierry Frémaux un rendez-vous consacré à la musique qui met à l’honneur une personnalité pour son engagement envers la musique de Film et les compositeurs : « A Life in Soundtrack ». Lundi 20 mai, au palais des festival salle Bunuel, Bertrand Tavernier recevra cet hommage et nous projetterons à cette occasion un montage inédit, consacré aux musiques et aux chansons du cinéma français, issu de son merveilleux « Voyage à travers le Cinéma français ».

Nous travaillons également étroitement avec les sélections parallèles du festival : la Semaine de la Critique, la Quinzaine des Réalisateurs, l’ACID mais aussi la Cinéfondation avec qui nous organisons des Master Classes comme celle avec Marc Marder, Samedi 18 mai au Pavillon du monde de l’institut Français. 

Quels sont les grands noms et grands moments à attendre de cette édition du festival musicalement parlant ?

Saluons la nouvelle génération de compositrices et compositeurs qui arrive à Cannes : Para One et Arthur Simonini avec « Portrait de la Jeune Fille en feu » de Céline Sciamma en sélection officielle, Wissam Hojeij avec « Ciniza Negra » de Sofia Quiros Ubeda à la Semaine, Julie Roué avec « Perdrix » de Erwan le Duc à la Quinzaine ou encore Alexis Rault avec « Les Hirondelles de Kaboul » de Zabou Breitman et Eléa Gobé Mevellec et Rob avec Papicha de Mounia Medour tous deux à Un Certain Regard ou encore Benoit de Villeuneuve et Gaspard Clauss avec Vif Argent de Stéphane Batut à l’Acid… et beaucoup d’autres naturellement, ce n’est pas une liste exhaustive. 

Nous avons 35 compositeurs membres de la Sacem ayant un film cette année à Cannes donc autant de bons moments à attendre.

Notre Hommage à Bertrand Tavernier sera aussi l’occasion de mettre à l’honneur tous ces compositeurs qui ont porté l’école française de musique de film à ce niveau de reconnaissance au sein du cinéma mondial.

Qu’est-ce qui selon vous fait une bonne bande originale ?

Un bon film ? Une bonne musique ? Un mauvais film mais une bonne musique ?

Difficile de scinder les deux lorsque qu’une musique a été écrite pour un film spécifique. Une bonne bande originale est celle qui accompagne le spectateur, le guide dans ses émotions, le trompe parfois, et s’avère être une excellente alliée pour la narration. 

La France compte de grands compositeurs à l’image d’Alexandre Desplat qui est parvenu à s’exporter facilement. Selon vous qu’-a-t-il de plus que les autres ? 

Difficile d’évoquer Alexandre Desplat sans tomber dans une longue énumération d’œuvres et de distinctions, tant sa carrière est prolifique. A raison de plus d’une centaine de musiques de films en 25 ans, en Europe ou à Hollywood, il est devenu l’égal des plus grands compositeurs qu’il a toujours admirés.

Alexandre Desplat a collaboré avec les plus grands metteurs en scène, Jacques Audiard, avec lequel il remportera deux César, mais aussi Stephen Frears, Terrence Malick, Kathryn Bigelow, Roman Polanski, George Clooneyou Matteo Garrone. Le début d’une longue série de prix et de nominations, Golden Globes, European Film Awards, Word Soundtrack Awards, Baftas et autres Grammys. 

Qu’il compose pour Un Prophete ou pour Harry Potter, pour Wim Wenders ou pour Wes Anderson, Alexandre Desplat reste fidèle à sa conviction : « Ce qui est intéressant dans la musique de film c’est d’aller chercher ce que l’image ne propose pas, ce qui est invisible… »

Quelle est la place de la femme dans la musique de films ? Comment expliquez-vous leur faible représentation actuelle ? 

Effectivement les compositrices sont peu nombreuses. A la Sacem, les femmes représentent seulement 17% de nos membres alors que l’adhésion à leur société est non discriminatoire.

Cette question est au cœur du travail d’un Groupe Égalité Femmes Hommes composé d’administratrices en poste ou non à la Sacem : les autrices Christine Lidon et Elisabeth Anais, l’autrice réalisatrice Marion Sarraut, l’auteur Frédéric Doll, l’éditeur Thierry Perier. Ils se sont donnés comme ambition d’activer les bons leviers pour corriger le déséquilibre Femmes Hommes que nous constatons dans les chiffres.

Cela ne se fera pas en quelques jours, puisqu’il s’agit d’un combat où il faut changer aussi les mentalités, ce qui est très long, mais le groupe Égalité travaille sur les accélérateurs suivants :

  • identifier les freins qui amènent les femmes à peu choisir la carrière de création, alors que la musique est pourtant une activité « non genrée » à la base (autant de filles que de garçons font de la musique dans l’enfance, contrairement, par exemple, à certains sports, très masculins, ou à l’inverse à une pratique artistique comme la danse, essentiellement féminine,

Une étude est en cours aussi bien sur les chiffres que sur des aspects qualitatifs avec des «entretiens parcours et carrière »,

– proposer des portraits de femmes ayant choisi la carrière musicale – tous types de métiers – pour offrir aux jeunes filles des modèles auxquels s’identifier afin qu’elles se sentent prêtes à choisir ces métiers. C’est dans ce but aussi que le musée en ligne de la Sacem présente deux expositions sur les grandes femmes de la musique à travers l’histoire, souvent étonnement méconnues,

– travailler sur la formation initiale et continue pour lutter contre le sexisme et proposer des outils d’autonomisation aux femmes,

– développer un réseau professionnel et de mentorat pour les femmes dans les métiers de création et de la musique,

– réfléchir à un financement égalitaire des projets de création portés par des femmes ou majoritairement féminins via notre action culturelle.  

C’est en adressant l’ensemble de ces sujets que la place des femmes et leur représentation évoluera de manière permanente à la Sacem.

Enfin, quelle bande originale vous font rêver encore aujourd’hui et qu’attendez-vous d’une bonne bande originale ? 

Sergio Leone, « le bon la brute et le truand », Francis Lai « Love story », Michel Legrand « l’affaire Thomas crown », Hans Zimmer, Alexandre Desplat et bien d’autres encore. Les bandes originales qui me font rêver sont celles qui, dès les premières notes, me ramènent tout de suite au film vu 5 jours ,10 mois, 20 ans auparavant. 

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