Interview avec Carlo Mirabella-Davis pour le film Swallow

A l’occasion du Festival du film Américain de Deauville, nous avons rencontré le réalisateur Carlo Mirabella-Davis pour son premier film Swallow, en compétition au festival.

Quels sont les origines de l’histoire de votre film ?

Swallow est inspiré de l’histoire de ma grand-mère, Edith Mirabella, qui était une femme au foyer dans les années 70 et qui a développé différentes sortes de rituels de contrôles. Elle n’était pas heureuse dans son mariage et je pense que ses tocs faisaient partie du fait qu’elle pouvait avoir un peu de pouvoir dans une vie où elle se sentait impuissante.

Elle était obsédée avec le lavage de mains, elle se lavait les mains et usait 12 savons par semaine. Mon grand-père a fini par la placer en hôpital psychiatrique où elle a reçu des électrochocs et une lobotomie non consentie. Elle a perdu ses sens du goût et de l’odorat.

Et j’ai toujours trouvé cela très punissant la manière dont les personnes l’ont traitée parce qu’elle ne rentrait pas dans les moules de la société et qu’elle n’était pas l’épouse et la mère qu’on voulait qu’elle soit.

Donc j’ai voulu faire un film à ce propos et inspiré par cette histoire.

Mais le lavage de mains n’est pas très cinématographique, donc… Je me rappelle avoir vu la radio d’un estomac d’une personne qui avait la maladie Pica et on aurait dit des trésors d’un archéologue et je me suis dit : « qu’est-ce qui attirait ces choses-là chez ce genre de patients ? » On dirait un rituel de communion, ou une expérience mystique et c’est ainsi que j’ai eu l’idée.

Comment avez vous choisi votre casting et pourquoi eux ?

Bonne question ! (il rit) Nous sommes incroyablement chanceux que les acteurs aient acceptés de faire le film. Je trouve qu’Hayley Bennett a livré une performance incroyable et ça été une superbe collaboratrice. J’étais fan de son travail depuis un moment déjà et je savais qu’Hayley serait parfaite pour ce rôle qui dispose de plusieurs couches d’émotions, parce qu’Hunter a plusieurs masques différents. Je voulais avoir le masque où elle tente de faire plaisir à tout le monde avec un faux sourire pour son mari et je voulais voir ce qu’il y avait derrière ce masque avec un moment de doute. Hayley peut vous montrer ce regard et jouer ce genre d’émotions.

Elle a apporté beaucoup de soin et d’émotions pour le rôle. Comme vous le savez c’est un rôle inhabituel et étrange, mais Hayley a eu beaucoup de courage d’accepter celui-ci.

Puis Austin Stowell est arrivé, je l’ai vu et je l’ai trouvé excellent. Je voulais quelqu’un qui pouvait jouer et comprendre le personnage de Richie et son monde de pouvoir et de privilèges. Austin est très sensible à cela et il comprend très bien puisqu’il le connaît parfaitement, ayant grandi autour de ce genre de personnes. De plus, il a pu apporter beaucoup d’innocences à ce personnage et montrer cette corruption qui s’installe petit à petit.

Dennis O’Hare est un brillant acteur, que j’ai toujours admiré et j’ai été honoré qu’il accepte et ce fut un rêve. Le reste du casting est excellent aussi, je suis très heureux qu’ils aient acceptés.

Qu’est-ce que ça fait de faire son premier long métrage ?

J’ai toujours été un fan de cinéma depuis que je suis petit, je regardais peut être 5 films par jour et j’étais obsédé par tous les petits détails dans les films. Pour moi, le monde de l’imagination est un univers immense et transcendant dans lequel je m’échappais petit et plus que tout au monde je trouve que ce monde du cinéma nous connecte en tant que personnes. Il peut augmenter votre empathie, faire en sorte que vous vous battiez contre les préjudices et cela rassemble les êtres humains ensemble et c’est une expérience cathartique. Cela fait que nous sommes tous connectés, que nous ne faisons qu’un.

Ensuite, j’avais du mal à me retrouver dans la vie réelle, c’était un peu effrayant pour moi. Les films étaient des environnements sains où vous pouvez rencontrer des dangers, des belles choses, mais tout cela dans un monde imaginaire. Donc pour moi faire des films était un rêve depuis des années et quand vous le faites, cela devient une expérience géniale. Vous vous sentez apprécié et soutenu par vos collègues. Le fait que les personnes qui ont travaillé sur mon film ont acceptés de faire leur travail basé sur un scénario que j’avais écrit dans ma chambre, c’était émouvant, mais aussi surréaliste.

Mais après, quand vous avez terminé le film, vous devez retourner à la vie réelle et là c’est compliqué.

Vous attendiez-vous à être sélectionné à Deauville ?

Honnêtement, c’est un honneur, c’est un espace de créativité immense et ici tout le monde aime les films, il y a cette joie de faire des films et d’en voir.

Quand vous faites un film, vous n’avez aucune idée de si les personnes vont l’aimer ou non. Donc le fait que mon film a été sélectionné dans ce festival qui nous a ouvert les bras, j’ai cru halluciné, c’est un rêve qui se réalise, c’est magnifique.

Combien de temps cela vous a t’il pris de faire ce film (écriture, tournage, post production) ?

J’ai commencé il y a à peu près 4 ans. Parfois il y a des idées qui prennent plus de temps à se mettre en place que d’autres. Avec Swallow je l’ai écrit en 3 semaines et ensuite j’ai passé un an à le ré-écrire.

Une chose qu’ils ne vous apprennent pas à l’école de cinéma c’est que quand vous voulez faire un film, l’ingrédient secret est un bon producteur qui est créatif.

J’ai voulu faire le film et j’ai demandé à des amis s’ils connaissaient de bons producteurs indépendants et ils m’ont dit : Mynette Louie et Mollye Asher, mais tu ne les auras jamais. Je leur ai quand même envoyés le script ; elles ont beaucoup aimé et ont accepté de le produire.

Nous avons ensuite dû trouver le casting, c’est comme ça que ça nous permet de lever des fonds et solidifier tout ça pour les futurs investisseurs, qu’ils puissent se faire une idée.

Il y a eu beaucoup de moments où le film devait se faire, mais ne s’est pas fait à cause du financements. Mes producteurs se sont beaucoup battus pour faire ce film. Finalement la plupart du financement vient de France avec Charades. Ils ont accepté de donner une chance à un film étrange, donc ont doit beaucoup à la France, parce que c’est dur de faire ce genre de films aux Etats-Unis.

Puis nous avons terminé le casting, avons tourné le film en 20 jours et puis nous l’avons monté.

Qu’aimeriez-vous dire à un réalisateur / réalisatrice ou un acteur / actrice qui débuterait ?

Quand j’avais 19 ans, je suis parvenu à entrer dans une des soirées d’un des films de John Waters parce que je voulais beaucoup lui parler, car j’admirais depuis longtemps sa vision et son style.

Je crois que j’avais des cheveux verts et un vieux pull quand je me suis approché de lui en lui demandant : « John ! Pensez-vous que vous auriez fait des films à mon âge ? » Il m’a répondu qu’il ne pensait même pas être en vie à mon âge. Je lui ai demandé un conseil pour un jeune réalisateur, il m’a dit de prendre des initiatives, d’être novateur. Et j’ai toujours pensé à ça et j’ai suivi ce conseil à la lettre. J’étais déterminé à voir des milliers de films, d’essayer de faire mes films et d’essayer d’être un meilleur artiste.

Donc mon conseil c’est de travailler dur et non-stop et vous verrez cela va payer.

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