On n’a pas vu, mais entendu Mey en live !

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À la vue de ce titre, vous devez sans doute vous dire que j’étais mal placé dans la salle de concert, que je devais être dans un stade super loin, mais que si je dis ne pas avoir vu l’artiste que j’étais venu voir, c’est que forcément il y avait un problème…

Et pourtant Mey donnait un concert devant moins de 100 personnes et dans le petit, mais fort sympathique L’Auguste théâtre. Mais alors, comment est-ce possible de ne pas voir l’artiste ?

Eh bien, la réponse se trouve dans une démarche artistique.

Le tout a débuté dès l’accueil avec la prise des téléphones aux spectateurs. Toujours amusant de regarder la réaction des gens devenus accros à ceux-ci et essayant tant bien que mal de ne pas les donner, et ce, au risque de se voir interdire l’accès à la salle.

« Comment je vais faire si je reçois des messages ? », « Si jamais j’ai une urgence ? », « Cela va être long avant le début, que faire ? »…

Voici des exemples de phrases amusantes entendues en amont du show.

Puis, quelques minutes après l’entrée dans la salle, noir complet et les premières notes de musique se font entendre… L’intro est lancée dans le noir complet avant que Mey ne commence à chanter.

Surprise générale des spectateurs, la salle reste dans le noir complet… Derrière moi, cela se questionne.

« Il doit y avoir un problème… » « Si cela reste ainsi dans le noir, cela va m’angoisser. » « Je ne comprends pas là… »

Fin de la première chanson et toujours dans le noir complet, Mey nous accueille et visiblement l’obscurité ne la gêne pas… Et ne la gênera pas pendant plus de 40 minutes de concert dans le noir, ou la pénombre sur deux chansons.

C’est en effet pour soutenir l’EP « With the lights off » (avec les lumières éteintes) que l’idée du concert était de se faire dans l’obscurité totale pour que l’on ne se focalise pas sur la personne, mais bien sur les textes, la musicalité et surtout la voix puissante de Mey.

Et la prise de risque aura payé puisque, après 3 chansons, toute la salle (toujours dans le noir) est conquise et applaudit à tout va. Il faut dire qu’elle a du coffre et envoie du lourd !

De mon côté, je prends un réel plaisir à voir la réaction des gens, d’autant que j’avais été mis dans la confidence quelques heures plus tôt suite à ma rencontre avec Mey le temps d’une interview.

Et face à moi, une toute petite jeune femme séduisante, un peu timide et encore peu habituée au jeu des questions/réponses, mais ô combien intéressante lorsqu’il s’agit de discuter de l’EP et de la thématique de ce dernier, à savoir s’affranchir des apparences tout en revendiquant clairement l’esprit Girl Power.

Jeune femme timide, comme dit plus haut, elle a bien eu du mal à se présenter et l’on n’aura finalement pas appris grand-chose d’elle, si ce n’est qu’elle est auteure-compositrice, dévorée par la passion du chant depuis sa plus tendre enfance. Elle a participé, comme beaucoup d’autres avant elle, à diverses aventures en groupe avant de se lancer toute seule. L’élément déclencheur aura été l’écriture, qui aura été un exercice plaisant et dans lequel Mey se retrouve totalement aujourd’hui.

Quant à l’envie profonde de se lancer en solo, cela remonte à 2016 avec l’arrivée des premiers titres dès 2017.

Concernant l’EP qui se veut très féministe, évidemment, l’idée d’avoir après l’intro le titre « Muse« , qui peut d’une certaine manière être associé à l’idée de réduire la femme à un simple objet de désir, avait de quoi surprendre, ce à quoi Mey m’aura répondu que l’idée d’explorer les paradoxes et les contrastes de notre société était une chose qui lui plaisait. Des situations paradoxales rencontrées par elle-même et qui, justement, ont été entre autres à l’origine du projet lié à cet EP. Elle avait envie d’explorer l’idée d’éliminer le diktat des apparences, de l’objectification de la femme et d’aller dès lors vers un message féministe. Cela lui a également ouvert l’esprit sur un tas de choses qu’elle vivait par le passé et qui semblaient naturelles, telles que devoir toujours être parfaite et justifier de son apparence dans les groupes auxquels elle participait quand ses compères masculins avaient bien moins de pression. Le plus étrange pour elle était que ce système-là semblait naturel puisque dicté par la société.

Autre paradoxe qui la travaille quand même : il y a de nombreuses femmes qui cherchent à ce que l’apparence ne soit plus une priorité et qui, d’un autre côté, sont les premières à s’enfermer dans ce diktat en lisant les magazines qui parlent de ça, en allant acheter des produits cosmétiques ou simplement en jouant de ça par intérêt. Néanmoins, elle ajoute qu’il ne faut pas se tromper de coupable et que la femme ne peut être tenue seule responsable d’un monde qui lui a toujours dicté comment être et paraître. Il est très difficile de s’extirper de celui-ci.

Concernant le titre de l’EP qui signifie « sous les lumières éteintes », Mey nous a expliqué que l’idée était également de faire une introspection, de plonger en elle pour aller chercher le maximum de choses à explorer et de se dévoiler aussi d’une certaine manière. Elle a ainsi pris l’exemple du coucher où l’on éteint la lumière pour dormir et de ce laps de temps où l’on se retrouve seul face à soi-même. À noter que les choses dites dans ses chansons ne sont pas spécialement celles dont elle parle au quotidien, une fois dans la lumière. Avec cet EP et le concept du concert dans le noir, c’est une réelle mise à nu qu’elle a voulu proposer.

Concernant l’idée du concert donné ce soir, elle aura expliqué que ce qui lui a également plu dans l’idée de confisquer les téléphones portables est que, de manière générale aujourd’hui à un concert, on remarque que les gens, pour la plupart, ne parviennent plus à simplement apprécier l’instant et que le besoin de filmer, de tout photographier, est devenu naturel. Pour ce concert, Mey souhaitait retrouver l’esprit d’avant, à savoir une véritable communion entre le public et l’artiste, et l’ajouter ainsi au concept du concert dans l’obscurité… Puis surtout, il n’y avait rien à photographier puisqu’on n’allait pas la voir.

Enfin, petites infos concernant l’album qui devrait sortir courant 2020 : ce dernier se nommera exactement comme l’EP actuel et sera proposé avec la même pochette aussi. Ce dernier sera un prolongement plus qu’un nouveau chapitre.

Enfin, Mey aura avoué que parmi les femmes fortes qui l’ont inspirée, il fallait compter sur Björk et Amy Lee d’Evanescence, soit deux femmes capables de repousser les barrières et de montrer une facette forte de la femme dans la musique. En France, l’un de ses modèles est Christine and the Queens et ce, pour les mêmes raisons.

Bien évidemment, il n’y a pas de photos d’illustration afin de coller au concept du projet… Mais la possibilité de découvrir l’excellent EP « With the lights off« .

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