1999, il y a un buzz qui se crée de plus en plus comme quoi 3 étudiants en cinéma ont disparu.


Des affiches fleurissent à peu près partout dans le monde comme quoi on recherche intensivement ces jeunes gens partis en forêt…
ATTENTION – CET ARTICLE COMPREND DES SPOILERS
C’est 1999, Internet n’est pas aussi développé qu’aujourd’hui, personne ne sait encore qu’il s’agit d’une excellente campagne marketing liée à la promotion d’un film, d’autant que les 3 acteurs présents sur l’affiche sont totalement inconnus et se sont montrés très discrets depuis la fin du tournage. D’un point de vue marketing, ce qui se passe avec Le Projet Blair Witch est unique et le restera à jamais puisque, maintenant que le monde est connecté, il est bien trop facile de déjouer ces pièges et si la même approche venait à être proposée aujourd’hui, il y a des chances pour qu’elle ne résiste que quelques jours à peine avant que la supercherie ne soit démasquée.
Lorsque la campagne promo débute chez nous, on va donc tous pendant plusieurs semaines se demander ce qu’il en est de ces 3 jeunes étudiants et la sortie du film ne va rien arranger puisque ce dernier est de type found footage et clairement le meilleur jamais proposé puisque, même si le procédé a déjà été utilisé par le passé, la manière dont est délivré le film, en parfaite adéquation avec sa promo et ses acteurs jouant plutôt mal pour rendre le tout crédible, est tout simplement une idée de génie. Bien entendu, les 3 acteurs principaux sont impressionnants et jouent parfaitement juste, mais les premiers villageois à être interviewés par les 3 faux étudiants en cinéma au début du film frisent le ridicule et passent clairement pour de « véritables gens » que l’on pourrait voir à la télé dans une émission de type Confessions intimes. L’illusion est parfaite.
Le film ne parle jamais de reconstitution, mais bien de nous montrer exactement ce qui a été retrouvé. De ce point de vue-là, le scénario trouve toujours une bonne raison pour expliquer que telle ou telle chose est filmée et à aucun moment on a le côté « Je filme tout et n’importe quoi » que l’on retrouve dans les found footage actuels tels que Paranormal Activity où des mecs préfèrent parfois filmer que venir en aide à leurs proches. Non, ici, on verra même certains personnages se disputer car ils ne supportent pas d’être non-stop filmés…
Avant même la sortie du film, de faux documentaires seront même réalisés sur une éventuelle enquête pour rechercher les 3 jeunes, histoire de bien enfoncer le clou.
Le film va donc nous proposer 3 jeunes partant en expédition, sur les traces d’une sorcière dans la forêt de Blair. Là aussi, coup de génie des scénaristes, personne ne connaît cette histoire et donc on ne peut absolument pas deviner que c’est bidon. Ce n’est pas comme si on nous sortait que les 3 jeunes allaient aller chasser un tueur au masque de hockey ou un autre avec des griffes à la place des doigts… Non, le scénario est innovant et propose quelque chose d’inconnu du grand public.
Une des autres forces du long métrage est que, même une fois diffusé en salle, il laisse planer le doute sur le fait que c’est réel ou pas et seul le générique de fin trahira un peu le tout, mais n’oublions pas, nous sommes en 1999, il n’y a pas de scène post-générique donc beaucoup ne vont pas le regarder et surtout, une fois encore, Internet n’étant pas encore dispo partout, la nouvelle concernant le fait qu’il s’agisse d’un film ne se répand pas vite…
De mon côté, je vais le découvrir quelques mois à peine après sa sortie en DVD (un de mes premiers DVD achetés) et là encore je ne sais absolument rien du vrai du faux car je n’ai pas Internet chez moi et le peu de fois où je vais dans les cybercafés, je ne pense pas à me renseigner sur ce projet et, quand bien même je voudrais essayer, c’est tout en anglais et là aussi le mystère reste entier.
Alors réel ou pas… Je lance mon DVD que je vais regarder sur mon ordinateur (le film étant filmé en 4/3, cela n’est pas gênant). Je suis seul dans le noir, collé à l’écran avec un casque sur les oreilles. Oui, je sais que je vais sans doute avoir peur et c’est tant mieux car c’est ce que je recherche. Je me mets en condition pour bien en profiter (couverture, petite bougie au loin pour éclairer et personne chez moi…) et bon sang que cela va être efficace.
Après 15 minutes, je suis tendu comme jamais, littéralement accroché au film, absorbé par l’histoire (pour moi, à ce moment-là, c’est une histoire vraie) et mon cœur bat comme jamais. Je vais tellement avoir peur que lors de la scène de fin, je ne peux m’empêcher de lâcher quelques larmes de soulagement. Comme après un stress immense et intense, j’ai du mal à m’en remettre et il me faudra quelques minutes pour retrouver mes idées.
Je viens de vivre une expérience ciné incroyable et ce film restera à jamais à mes yeux le meilleur found footage jamais réalisé et surtout le plus effrayant qu’il me sera donné de voir (jusqu’à aujourd’hui encore).
Plus qu’un film, quand on ne connaît rien de l’histoire, qu’on se met en condition et que l’on se force à y croire… Le Projet Blair Witch est une expérience incroyable et je suis définitivement chanceux d’avoir vécu ce film dans les meilleures conditions possibles, à savoir sans avoir été spoilé sur le Net ou à la télé et en le découvrant comme il devait l’être, à savoir en me laissant croire que c’était une histoire réelle…
Aujourd’hui, le film a 15 ans et reste un modèle du genre et un exemple de parfaite adhésion entre marketing intelligent et cinéma, même si quelque chose de la sorte risque de ne plus arriver avant longtemps…
Le film n’a pas remporté d’Oscars, mais pourtant aujourd’hui, l’Académie a tenu à rendre hommage à ce chef-d’œuvre du cinéma de genre, ce qui en dit long sur l’impact qu’il a eu sur le cinéma actuel.
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