Critique de Le Chanteur de jazz : aux origines du cinéma parlant

Le Chanteur de jazz

7.9

Scénario

7.8/10

Casting

7.5/10

Réalisation

8.2/10

Bande originale

8.2/10

Les pour

  • La prouesse technique historique
  • La relation entre le père et son fils
  • Eugenie Besserer juste et touchante
  • Les chansons et la musique d’accompagnement

Les contre

  • Des acteurs parfois excessifs
  • Quelques raccourcis dans l’histoire
  • Un film peu accessible aux réfractaires au cinéma muet

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Titre originalThe Jazz Singer

RéalisateurAlan Crosland

Casting principalAl Jolson, May McAvoy, Warner Oland, Eugenie Besserer

Durée1H28

Date de sortie en France4 octobre 1929

Autour du filmAdaptation d'une pièceVoir les détails
ŒUVRE D’ORIGINE

The Jazz Singer — Pièce de théâtre — 1925 — Samson Raphaelson

AUTRES ADAPTATIONS CINÉMA
  • The Jazz Singer — 1952 — Michael Curtiz
  • Le Chanteur de jazz — 1980 — Richard Fleischer
AUTRES ADAPTATIONS TÉLÉVISÉES
  • The Jazz Singer — Téléfilm — 1959

Véritable pionnier du cinéma, puisque le premier film comprenant des dialogues parlés synchronisés à l’image est proposé cette année au Champs-Élysées Film Festival, ce fut donc l’occasion pour moi de découvrir finalement ce qui est une partie de l’histoire du cinéma.

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Vu par beaucoup comme le fer de lance des « talkies », soit les films parlants, Le Chanteur de jazz ne comprend finalement pas tant que cela de dialogues (281 mots). Un peu comme quand certains réalisateurs actuels filment en IMAX, c’est uniquement une partie du film qui en bénéficie. Sur 1H28 de film, c’est ainsi une poignée de scènes à peine qui comprennent du son et des dialogues, le reste étant muet avec les encarts de textes incorporés. Un début prometteur donc pour le cinéma parlant qui, en plus d’incorporer des dialogues, propose surtout des moments « chantés », chose qui jusque-là était évidemment absente du cinéma.

Mais au-delà de la prouesse technique de l’époque, Le Chanteur de jazz est avant tout un très beau film sur la déchirure entre un père, chantre d’une synagogue, et son fils qui rêve de devenir chanteur populaire. On va ainsi suivre l’évolution de cet enfant chassé de chez lui, parti à la conquête du monde et revenu sous un autre nom, une autre identité, en véritable vedette.

Le film traite ainsi souvent de choix difficiles : choix de carrière, choix du cœur, choix d’appartenance aussi à une communauté et un mode de vie bien définis dès le départ ou à un mode de vie que l’on ressent en soi.

Vous l’aurez compris, Le Chanteur de jazz comprend un message bien actuel, et ce pourtant déjà présenté en 1927 sous un autre angle, celui de la musique.

Mais The Jazz Singer (son titre original) a aussi droit aujourd’hui à un regard négatif de par deux scènes où notre héros se maquille en personnage noir afin de monter sur scène. Vu par certains comme raciste, il faut bien entendu remettre ce film dans son contexte et rappeler qu’en 1927, monter sur scène en « blackface » était quelque chose d’amusant. Mais surtout, dans ce film, on ne peut clairement pas parler de racisme, car ces deux passages ne sont jamais moqueurs ou proposés en tant que caricature de la communauté noire, bien au contraire, puisque l’une des deux scènes est la plus jolie du film, celle où notre héros chante dans la retenue une chanson pour sa mère.

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Si aujourd’hui on comparait ce film avec l’époque actuelle, ce serait comme voir un homme se travestir en femme pour marquer la double personnalité, la dualité du héros. Ainsi, on peut penser au film « Ma nouvelle amie », avec un homme qui se travestit en femme car il est bien ainsi et, comme pour The Jazz Singer, ce n’est jamais moqueur ou péjoratif pour la femme ou, ici, la personne noire de peau. Au contraire, c’est une déclaration d’amour à l’autre. Ici, notre jeune chanteur rêve de devenir une vedette de jazz et donc de se rapprocher des origines de celui-ci, à savoir la population noire américaine.

Autant dire qu’il faut un peu se renseigner et situer le contexte pour comprendre les intentions du film, sans quoi cela peut être très mal perçu. J’en ai fait l’expérience sur Twitter pendant la vision du film en publiant uniquement les captures d’écran suivantes et, automatiquement, j’ai eu un retour comme quoi c’était honteux et raciste, alors même que la personne n’était pas allée voir plus loin.

Bien entendu, il s’agit là d’une réaction normale car, vu récemment avec le scandale (de pacotille) lié au film de Ridley Scott « Exodus », où les personnages noirs avaient été remplacés par des acteurs blancs. Mais si, dans le dernier film du réalisateur d’Alien, cela n’était réalisé que dans un souci marketing (un film de blancs se vend tristement mieux), cela est totalement différent dans Le Chanteur de jazz, où notre acteur blanc ne joue pas le rôle d’un Noir mais, justement, rend hommage à ces derniers en voulant être parmi eux le temps de deux prestations de jazz.

Une fois ce débat passé, on peut dire que le film a forcément des défauts, avec des acteurs qui parfois en font des tonnes, même s’il s’agit là du cinéma de l’époque qui voulait ça, et que l’histoire emprunte quelques raccourcis rapides parfois. Mais néanmoins, il est agréable à regarder, l’actrice interprétant la mère est assez juste et touchante et, surtout, les chansons et la musique d’accompagnement sont de manière générale assez agréables, ce qui permet de passer un moment sympathique.

Le Chanteur de jazz n’est donc pas un film accessible à tous (certains détestent les films muets), mais se doit d’être vu pour situer une époque et assister, d’une certaine manière, à la naissance du cinéma « parlé ».

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