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Titre VO : Ma frère
Réalisateur : Lise Akoka & Romane Guéret
Acteurs : Fanta Kebe, Shirel Nataf, Amel Bent, Idir Azougli, Yuming Hey
Durée : 1 h 52 min
Date de sortie en France : 7 janvier 2026
La dernière fois que Lise Akoka et Romane Guéret avaient fait l’unanimité, c’était avec Les Pires. Un film salué de toutes parts par la critique, souvent cité comme l’un des portraits de jeunesse les plus justes de ces dernières années… mais qui, paradoxalement, avait eu du mal à réellement rencontrer le grand public. Trop brut, trop frontal, trop inconfortable peut-être. Admiré, oui. Massivement adopté, pas tout à fait.
Avec Ma frère, les réalisatrices semblent avoir tiré les leçons de cette réception contrastée. Et cette fois, le virage est clair.
Dès les premières scènes, Ma frère affiche une ambition différente : parler au plus grand nombre. Là où Les Piresdemandait au spectateur de faire un pas vers le film, Ma frère fait le chemin inverse. La narration est plus lisible, le rythme plus fluide, les enjeux plus immédiatement identifiables. On sent une vraie volonté d’embarquer, de séduire, de fédérer — quitte à lisser légèrement les aspérités qui faisaient aussi la force de leur œuvre précédente…
Ce choix n’a rien d’anodin. Réunir critique et grand public est un exercice rare, souvent bancal. Et s’il fallait trancher, Ma frère assume clairement son camp. Là où Les Pires brillait par son exigence et sa radicalité (au risque de laisser une partie du public sur le bord de la route), ce nouveau film privilégie l’accessibilité. Résultat : une œuvre plus consensuelle, parfois plus prévisible, notamment dans son cadre de colonie de vacances — terrain déjà largement exploré au cinéma.
Pour autant, le film n’abandonne pas ce qui fait la signature d’Akoka et Guéret : leur regard sur la jeunesse. Les adolescents qu’elles filment sonnent vrai, loin des caricatures habituelles. Les dialogues, les silences, les maladresses… tout respire le vécu. Comme dans Les Pires, les jeunes acteurs ressemblent à des jeunes, parlent comme des jeunes, vivent comme des jeunes. Et cette authenticité, même plus encadrée, reste l’un des grands plaisirs du film.
Cette continuité a toutefois ses limites. Shirel Nataf, aussi talentueuse soit-elle, évoque parfois trop directement Mallory Wanecque, héroïne de Les Pires. Même énergie, mêmes intonations, même direction d’actrice, donnant parfois l’étrange impression d’un écho assumé. Heureusement, Shirel Nataf prouve qu’elle a de vraies ressources et mérite qu’on la découvre dans des registres différents.
À l’inverse, Fanta Kebe s’impose avec une évidence rare, apportant une nuance et une solidité qui marquent durablement.
Autre signal fort de cette ouverture au grand public : la présence de Amel Bent. Bien plus qu’un simple nom accrocheur, elle surprend par sa justesse et son engagement. Son jeu respire la sincérité, et l’on sent un vrai potentiel cinématographique qui ne demande qu’à être approfondi.
Plus classique dans sa forme, plus doux dans son rythme, Ma frère est aussi un film que l’on imagine parfaitement trouver une seconde vie à la télévision, notamment sur TF1. Là où Les Pires restait une œuvre “de salle”, presque confidentielle malgré son aura critique, Ma frère semble pensé pour durer, circuler et toucher largement.
Et c’est sans doute là sa vraie réussite. Ma frère n’a peut-être pas la radicalité qui avait fait la force de Les Pires, mais il a ce que son prédécesseur n’a jamais totalement eu : une vraie capacité à rassembler.
À tel point qu’il pourrait bien devenir, pour la génération actuelle, l’équivalent moderne de Nos jours heureux. Un film ancré dans son époque, moins clivant, plus fédérateur… et destiné à rester dans les mémoires bien après la fin de la colonie.



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