Vous pensiez tomber sur une promo lessive ou un pack de papier toilette ? Raté.
Cette semaine ce n’est pas le rayon hygiène qui nous a marqués… mais une scène et un acteur face à son public. Le Mardi à Monoprix c’est le seul en scène qu’a vu pour vous Clément.
Voici ce qu’il en dit.
Seule en scène, Marie-Pierre nous ouvre la porte d’un rendez-vous hebdomadaire immuable : chaque mardi, elle rend visite à son père, veuf, et ils se rendent au Monoprix. Ce cadre intime devient le théâtre d’un affrontement silencieux, parfois brutal, entre ce qu’elle est devenue et ce que son père refuse de voir.
Marie-Pierre est une femme trans. Autrefois, elle s’appelait Jean-Pierre. Et c’est précisément ce prénom que son père continue d’employer, avec une obstination troublante. Est-ce la sénilité qui parle, l’usure de l’âge, ou une réfraction consciente, une résistance volontaire au réel ?
Le père ne reconnaît pas Marie-Pierre en tant que femme. Il la ramène sans cesse à son ancienne condition d’homme, la renvoyant à un passé qu’elle a quitté au prix d’un immense courage. Les phrases cinglent : « Tu sors comme ça ? », autant de violences ordinaires qui s’accumulent et pèsent lourdement sur Marie-Pierre, celle qui reste pourtant, chaque mardi, fidèle au rendez-vous.
Car Marie-Pierre essaie. Elle fait des efforts, elle cherche à lui faire plaisir. Elle sait pourtant, lucidement, que ce que son père attend n’est pas elle, mais le retour de Jean-Pierre, le fils perdu, fantasmé, figé dans une mémoire qui refuse d’évoluer.
Marie-Pierre navigue entre tendresse, ironie, fatigue et douleur contenue. La mise en scène épurée renforce la puissance du propos : rien ne détourne l’attention de la parole et du corps.
Le mardi à Monoprix révèle un face-à-face entre Marie-Pierre et son père qui ne cherche ni à convaincre ni à juger, mais à montrer, à faire ressentir.
Le mardi à Monoprix est joué du 20/02 au 28/03. Les vendredis et samedis à 21 h au Théâtre de l’Essaïon avec Thierry de Pina sur scène sur un texte écrit par Emmanuel Darley et une mise en scène signée Ah le Zèbre !



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