Twitter : #EvilDeadBurn
Titre VO : Evil Dead Burn
Réalisateur : Sébastien Vaniček
Acteurs : Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Tandi Wright, Maude Davey
Durée : 2 H 00
Date de sortie en France : 8 juillet 2026
Evil Dead et moi, ça n’a pas toujours été une grande histoire d’amour. Même si la saga de Sam Raimi est aujourd’hui culte, avec ses codes, ses excès, ses personnages devenus iconiques et son énergie de cinéma bricolé totalement assumée, je n’ai jamais vraiment réussi à entrer dedans. Trop carton-pâte, trop décalé, trop loin de ce que j’attendais d’un vrai film d’horreur.
Mon véritable point d’entrée dans cet univers, ce fut finalement le remake de Fede Alvarez en 2013. Une claque. Un film violent, moderne, qui reprenait l’ADN de la saga tout en le rendant plus brutal, plus viscéral, plus proche de mes attentes. Pour moi, c’est là que Evil Dead a vraiment commencé à me parler.
Puis est arrivé Evil Dead Rise. Dans la même veine, efficace, généreux, sale comme il faut. J’en garde un souvenir plutôt positif, celui d’un bon moment passé en salle, mais aussi l’impression d’un film qui, malgré ses qualités, ne venait pas vraiment bousculer la saga. Un opus solide, mais pas forcément celui qui marque les esprits.
Autant dire que l’arrivée de Evil Dead Burn pouvait faire peur de par le risque de revoir encore la même formule : du sang, des cris, des possessions, quelques scènes chocs, puis rideau. Le genre de film agréable sur le moment, mais qui finit par se fondre dans la masse d’une franchise qui commence à tourner en rond. se répète. Sauf que cette fois, la surprise est bien là.
Evil Dead Burn n’est pas simplement un nouvel épisode de plus. C’est un film qui comprend ce que la saga doit rester, tout en osant lui apporter autre chose. Et cette différence, elle vient en grande partie du regard de Sébastien Vaniček, qui impose une véritable personnalité derrière la caméra.
On retrouve évidemment les bases attendues : des corps détruits, des transformations assez folles, une tension qui monte et du gore à souhait. Mais le film ne se contente pas de cocher les cases. Il installe une ambiance, travaille ses images, soigne ses cadres et propose plusieurs scènes vraiment marquantes. Pour un film de genre aussi frontal, Evil Dead Burn se permet même d’être beau par moments et c’est là toute sa force.
Côté personnages, tout n’est pas parfait. Comme souvent dans les films d’horreur, ils ne sont pas tous développés avec la même profondeur. Mais Sébastien Vaniček leur donne suffisamment de matière pour qu’on s’y attache ou, au minimum, qu’on s’intéresse à ce qui leur arrive. Souheila Yacoub tient solidement le centre du film, même si Hunter Doohan lui vole parfois la vedette tant sa performance accroche l’œil. Les seconds rôles ne sont pas en reste, notamment grâce à des transformations qui risquent clairement de rester en mémoire. De ce côté-là, Erroll Shand est juste incroyable et sa performance marquera les esprits.
Même le personnage de Tandi Wright, qui aurait pu tomber dans un cliché très américain déjà vu mille fois — celui de la personne âgée mystérieuse qui sait tout mais ne dit presque rien — trouve finalement une place plus intéressante. Le film joue avec cette figure, la détourne, et évite de l’utiliser comme un simple ressort paresseux.
Mais ce qui marque vraiment dans Evil Dead Burn, ce ne sont pas seulement ses personnages. C’est son rapport au dégoût.
Oui, il y a du sang. Beaucoup. Oui, ça hurle, ça tranche et ça éclabousse. Mais le film va chercher ailleurs. Il ne mise pas uniquement sur l’hémoglobine pour provoquer une réaction. Il cherche à mettre mal à l’aise, à faire détourner le regard, à provoquer ce petit haut-le-cœur qu’on n’attend pas toujours. Certaines idées sont franchement répugnantes, dans le meilleur sens du terme pour un film Evil Dead. Et le film va parfois très loin, jusqu’à oser toucher à des choses que le cinéma d’horreur américain évite souvent, notamment lorsqu’il s’agit de faire vraiment prendre cher à un chien.
C’est là que Evil Dead Burn commence à se détacher du genre car ce n’est pas une simple escapade américaine de plus dans l’univers de la franchise. C’est une lecture française d’Evil Dead. Et bon sang, que ça fait du bien.
Cette touche se ressent partout : dans la manière de filmer ou encore dans cette envie de salir l’image sans jamais perdre le sens du cadre et la beauté de la mise en scène. Mais elle explose aussi dans un choix plus inattendu : la bande originale.
Là où beaucoup auraient misé sur du gros son agressif, du rap très appuyé ou une musique horrifique plus classique, Evil Dead Burn ose intégrer plusieurs standards de la chanson française. Un choix qui pourrait surprendre, mais qui finit par renforcer l’identité du film. Cette BO donne une couleur différente à l’ensemble et accentue cette impression de voir une franchise américaine passée au filtre d’un regard français. À ce sujet, on sent bien que Sébastien Vaniček est fier d’être français et compte bien le rappeler au public avec une héroïne française, la bande originale et même quelques lignes de dialogues.
Et c’est précisément ce qui fait toute la différence.
Evil Dead Burn ne cherche pas seulement à être un film made in USA bien gore. Il cherche à être identifiable. À exister par lui-même. À rappeler que l’horreur peut encore surprendre, même dans une saga que l’on pense connaître par cœur.
Sale, parfois franchement dégoûtant, mais aussi maîtrisé visuellement, le film s’impose comme l’une des propositions les plus excitantes de la franchise moderne. Pour ceux qui, comme moi, ont vraiment découvert Evil Dead avec le remake de 2013, Evil Dead Burn pourrait bien devenir son plus sérieux concurrent.
Et peut-être même, pour certains, le nouvel épisode à battre…



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