Film sur l’enfance et les colonies de vacances : entretien avec Lise Akoka
À travers son nouveau film, Lise Akoka explore le monde de l’enfance, les colonies de vacances et les mutations générationnelles. Rencontre avec une réalisatrice qui revendique une écriture immersive, viscérale et profondément ancrée dans le réel.
Un film né d’un désir personnel, pas d’une commande
Z : Est-ce un film de commande ou un projet personnel ?
Lise Akoka : C’est un projet que nous avons initié nous-mêmes, avec Romane, la co-réalisatrice du film. Pour l’instant, nous ne nous sentons pas capables de répondre à une commande extérieure. Nous avons besoin que l’écriture démarre d’un désir très profond, presque viscéral. Ce film est né de l’envie de raconter notre rencontre et notre histoire d’amitié avec Shirel et Fanta sur dix ans, mais aussi de parler de l’enfance en tentant d’en saisir une vérité parfois dure pour l’adulte que l’on devient, sans déformer ce qu’est réellement l’enfance. Il s’agissait également de transmettre la saveur des colonies de vacances, que nous avons beaucoup connues.
Colonies de vacances : ce qui a changé (et ce qui reste)
Z : Les colonies d’aujourd’hui sont-elles différentes de celles de votre enfance ?
Lise Akoka : Il y a évidemment des différences, mais aussi beaucoup de points communs. J’ai retrouvé énormément de choses familières. L’enjeu était de créer un film intergénérationnel, capable de parler aussi bien à ceux qui ont connu les colonies il y a vingt ou trente ans qu’aux enfants d’aujourd’hui. Notre méthode d’écriture est toujours immersive. Nous avons fréquenté des centres de loisirs, des maisons de quartier et des colonies de vacances. Shirel et Fanta ont même été embauchées comme animatrices stagiaires afin de vivre cette expérience de l’intérieur. Cela a nourri toute l’écriture du film.
Genre, identité et regard des enfants
Z : Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans cette nouvelle génération ?
Lise Akoka : Le personnage de Naël, une animatrice non-binaire, est directement inspiré de ce que nous avons observé sur le terrain. Ce qui nous a frappées, c’est que, pour les enfants, ce n’est pas un sujet conflictuel : c’est naturel. Quand des questions surgissent, le dialogue est libre, sans jugement. À l’inverse, certains jeunes adultes peuvent se montrer plus fermés, comme le personnage de Shai dans le film. On se rend compte que cette nouvelle génération est parfois bien plus avancée dans sa manière de penser les questions d’identité et de genre que chez certains adultes.
Un langage jeune, vivant et poétique
Z : Le film met aussi en avant un langage très différent.
Lise Akoka : Oui, tout va très vite, mais je trouve cela magnifique. Nous avons voulu mettre en lumière l’inventivité et la vitalité de ce langage. J’espère même qu’un public plus âgé pourra s’en emparer, y trouver une poésie et un sens de la répartie incroyables.
Une rencontre née sur un premier film
Z : Comment s’est construite votre relation avec Shirel et Fanta ?
Shirel : Fanta et moi sommes amies depuis l’enfance. Nous avons commencé ensemble sur notre premier film, La Mélodie, sur lequel Lise était coach enfants.
Lise Akoka : Elles avaient onze ans et ont été repérées lors d’un casting sauvage dans leur quartier. Très vite, hors plateau, les échanges sont devenus profonds, drôles, parfois même politiques, sans qu’elles en aient forcément conscience.
Un tournage comme une vraie colonie de vacances
Z : Les jeunes actrices ont-elles vécu une véritable immersion ?
Lise Akoka : Oui. Elles ont passé trois semaines dans un camping de la Drôme, au bord d’une rivière. En dehors du tournage, elles vivaient réellement comme en colonie : activités, repas et nuits partagés.
Amel Bent, une évidence inattendue
Z : Comment Amel Bent a-t-elle rejoint le projet ?
Lise Akoka : Nous avons pensé à elle assez instinctivement, même si l’idée semblait surprenante au départ puisqu’elle n’est pas actrice. Mais pour nous, Amel Bent incarnait parfaitement Sabrina, ce qu’elle aurait pu être sans sa carrière de chanteuse. Lors de notre première rencontre, elle était déjà le personnage. Après une séance de travail d’une heure, nous étions totalement convaincues.
Une filiation assumée avec
Nos Jours Heureux
Z : Votre film rappelle Nos Jours Heureux.
Lise Akoka : Nos Jours Heureux est une référence évidente. C’est un film culte pour nous, lié à une période où les colonies de vacances occupaient une place centrale dans ma vie. Le personnage de Bérengère est d’ailleurs un clin d’œil à Caroline. Mais c’est un film d’une autre époque. Si certains voient dans notre film une version réactualisée, j’en suis très flattée.





Soyez le premier à commenter