C Comme Culte 18 : Ne vous retournez pas (1973)

Réalisé par Nicolas Roeg

Ecrit par Chris Bryant et Allan Scott d’après une nouvelle de Daphne du Maurier

Musique de Pino Donaggio

Avec : Donald Sutherland, Julie Christie, Hilary Mason, Clelia Matana, Renato Scarpa, Massimo Serato.

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Laura et John Baxter forment un couple heureux et sont parents de deux enfants. Un jour, leur fille Christine, se noie dans l’étang de leur propriété anglaise. Peu après le drame, le couple s’installe à Venise où John, architecte de profession, est chargé de remettre en état une ancienne église. Au cours d’un repas, Laura fait la rencontre de deux sœurs, dont l’une, aveugle et medium, lui annonce qu’elle a vu Christine. Peu après, c’est au tour de John d’avoir des visions de la petite fille pendant que des crimes atroces ont lieu dans la ville.

Ne vous retournez pas est une adaptation d’une nouvelle de Daphne du Maurier, une auteure connue des cinéphiles puisqu’elle est à l’origine des histoires de Rebecca et des Oiseaux, qui ont été adaptées au cinéma par le grand Alfred Hitchcock. Cette fois-ci, ce n’est pas le maître du suspense qui s’attaque à cette référence du thriller-fantastique mais un réalisateur du nom de Nicolas Roeg. Alors, petit historique de cet homme, Roeg a eu d’abord une carrière de chef opérateur, une courte carrière vous me direz certes mais néanmoins bénéfique puisqu’il a travaillé pour Roger Corman, David Lean, François Truffaut, John Schlesinger et Richard Lester, bref, que des pointures ! C’est en 1970 qu’il passe à la réalisation avec le film musical Performance, s’ensuit La Randonnée en 1971 et enfin le film qui nous intéresse, Ne vous retournez pas sorti en 1973 avec deux acteurs montants de l’époque, le génial Donald Sutherland et la délicieuse Julie Christie. Ce film fait partie des films qui ont marqués une génération, et pour cause, le film jouit d’une atmosphère stressante, un scénario qui joue avec nos nerfs, une scène de sexe osée pour l’époque, une musique envoûtante et surtout un twist final d’anthologie qui vous fout littéralement une claque en pleine mouille ! Dès le début, on sent l’envie de Roeg de marquer les esprits avec la mort de la fille des protagonistes, tournée en caméra à l’épaule et ralenti, on assiste impuissant, aux tentatives vaines de John (Donald Sutherland) pour réanimer sa progéniture… Un film qui annonce la couleur : un film bien malsain. On va suivre ensuite la vie du couple qui s’est installé à Venise pour des raisons professionnelles, un Venise très loin des cartes postales et des films romantiques. Roeg filme un Venise triste, macabre et gris et où les eaux qui regorgent la ville servent de tombes à des victimes d’un meurtrier sadique. En regardant ce film qui se déroule en Italie, on ne peut que penser à un genre phare du cinéma italien des années 70 : le Giallo. Qu’est ce que le Giallo ? Le Giallo est un genre de cinéma propre à l’Italie qui obéit à des règles précises : une enquête policière, des meurtres particulièrement atroces avec une bonne dose de fantastique où d’érotisme, ajoutez à cela un épilogue inattendu et vous avez un Giallo ! C’est grâce à ce genre de films que des gens comme Mario Bava où  Dario Argento ont pu tourner leurs premiers films et ainsi devenir des maîtres du genre, je serais d’ailleurs grandement étonné si Nicolas Roeg n’a pas été influencé par des films comme L’oiseau au plumage de cristal où Le chat à neuf queues pour son Ne vous retournez pas. 

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L’interprétation est fabuleuse, Donald Sutherland livre ici une de ses meilleures interprétations, exit les personnages fantasques d’Hawkeye dans M*A*S*H et Oodball dans Kelly’s Heroes, il livre un jeu d’acteur fascinant et bouleversant, s’ajoute à lui le charme et le talent de Julie Christie qui apporte un peu de lumière à l’univers macabre du film. Mention spéciale à Hilary Mason, qui interprète Heather, la voyante aveugle.  Dans les seconds rôles, quelques gloires du cinéma italien prêtent main forte au film en la personne de Renato Scarpa (acteur qui tournera par la suite pour Argento) dans le rôle de l’inspecteur de police et Massimo Serato qui joue l’évêque de Venise. La mise en scène, novatrice pour l’époque, est grandiose, Nicolas Roeg prend plaisir à filmer des couleurs sombres et violentes, le tout en filmant caméra à l’épaule (à la manière de William Friedkin) pour aller au plus proche de l’univers angoissant du film, quant au montage, on ne peut que saluer la performance technique de l’époque notamment pour la (trop longue…) scène de sexe entre Sutherland et Christie, scène qui alterne entre scène de l’acte sexuel et l’après acte sexuel, ce serait bien le seul reproche que j’aurais à faire à ce film, cette scène d’amour casse un peu le rythme du film et reste assez ennuyeuse… D’ailleurs, pour l’anecdote, la scène originale devait être beaucoup plus longue que prévue mais la censure passa par là et obligea Nicolas Roeg à couper la scène afin que le film ne soit pas classé « X ». Pour finir, la musique composée par un jeune compositeur à ses débuts : Pino Donaggio, futur compositeur attitré de Brian De Palma qui livre ici une partition drôlement belle et envoûtante.

Ne vous retournez pas est un film absolument génial, artistiquement et techniquement parlant. Une vraie leçon de cinéma. C’est un film qui mélange les genres : polar, fantastique et drame, le fantastique n’obéit à aucune règle établie par le genre et ne vient que très tardivement dans le film mais quand le fantastique apparaît, Nicolas Roeg parvient à nous donner une grande angoisse dont la dernière scène du film, délicieusement terrifiante et marquante, c’est probablement l’une des scènes de film les plus effrayantes qui ait été fait.  Le succès de Ne vous retournez pas à marqué l’histoire du cinéma, il a permis au cinéma britannique de relancer un genre qui devenait de plus en plus rare : le film fantastique et a influencé une nouvelle génération de réalisateurs parmi lesquels nous pouvons citer : Danny Boyle, Alfonso Cuaron, Christopher Nolan et bien d’autres ! Aujourd’hui  le film n’a rien perdu de son charme et est toujours considéré à l’heure actuelle, par le magazine Time Out, comme étant le « meilleur film britannique de tous les temps ».  

Bon film !

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