Aimer, boire et chanter : la critique du dernier film d’Alain Resnais entre théâtre, cinéma et bande dessinée

Aimer, boire et chanter

8.3

Scénario

7.2/10

Casting

8.0/10

Réalisation

9.6/10

Les pour

  • Une mise en scène d'une incroyable inventivité.
  • Le mélange théâtre, cinéma et bande dessinée fonctionne remarquablement.
  • Plusieurs prestations très justes, notamment Sandrine Kiberlain, Caroline Silhol et Michel Vuillermoz.
  • Un véritable ovni cinématographique.

Les contre

  • Une histoire finalement assez classique.
  • Quelques interprétations trop théâtrales.
  • Un matériau de base qui aurait gagné à être davantage développé pour le cinéma.
Avis:

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Titre originalLife of Riley

RéalisateurAlain Resnais

Casting principalSabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Silhol, Michel Vuillermoz, Sandrine Kiberlain, André Dussollier, Alba Gaia Bellugi

Durée1h48

Date de sortie en France26 mars 2014

Il y a deux façons de parler de ce film : succomber à la nostalgie et à l’émotion qui régnaient dans la salle lors de la projection — le film ayant été présenté en avant-première le soir même de l’enterrement d’Alain Resnais, disparu quelques jours auparavant — ou essayer de faire abstraction de tout cela pour rester totalement honnête.

Je vais donc choisir la seconde option, car un film continue d’exister bien au-delà de la disparition de son réalisateur. Il vit par ses qualités comme par ses défauts.

Alain Resnais est connu pour être un véritable poète du cinéma, un réalisateur qui n’a jamais cherché à proposer un cinéma conventionnel. L’ensemble de son œuvre constitue un patrimoine d’idées, d’expérimentations et de propositions originales rarement égalé. Il en sera une nouvelle fois ainsi avec ce dernier film, Aimer, boire et chanter.

Plus qu’un simple film, l’œuvre ressemble à une pièce de théâtre filmée. Pourtant, elle ne se contente jamais d’être une captation. Alain Resnais utilise au contraire toutes les possibilités offertes par le cinéma pour enrichir le matériau théâtral : gros plans, mouvements de caméra, changements de décors ou de lieux permettent de créer quelque chose d’hybride, particulièrement surprenant.

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Mais le réalisateur ne s’arrête pas là.

Il choisit également d’y intégrer un univers graphique inspiré de la bande dessinée. Les décors deviennent dessinés, crayonnés, parfois volontairement abstraits. Les personnages semblent évoluer à l’intérieur de véritables cases de BD prenant soudainement vie sous nos yeux.

Au départ, ce choix artistique peut déconcerter. Certains plans ne reposent pratiquement que sur quelques traits noirs et blancs esquissés en arrière-plan. Pourtant, plus le film avance, plus cette proposition visuelle trouve sa cohérence et finit par devenir l’une de ses plus grandes qualités.

Cette alliance entre théâtre, cinéma et bande dessinée donne naissance à un objet hybride, singulier, presque inclassable. Une nouvelle démonstration de la créativité d’Alain Resnais.

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Malheureusement, ce type d’exercice entraîne également quelques limites.

Le passage du théâtre au cinéma ne fonctionne pas toujours parfaitement et certains comédiens conservent une interprétation très théâtrale qui paraît parfois exagérée une fois portée sur grand écran.

Sabine Azéma en fait parfois beaucoup, tout comme Hippolyte Girardot, tandis qu’André Dussollier repose sur un running gag qui finit par perdre de son efficacité après une dizaine de minutes.

À l’inverse, Sandrine Kiberlain, Caroline Silhol et Michel Vuillermoz trouvent un équilibre beaucoup plus naturel entre les deux univers. Leur jeu paraît plus spontané et s’intègre avec davantage de fluidité dans cette mise en scène particulière.

Au-delà de cela, si l’on accepte dès le départ que l’on assiste davantage à une pièce de théâtre qu’à un film classique, ce parti pris ne devrait finalement pas gêner le spectateur.

Pour ce qui est de l’histoire, elle se laisse suivre avec plaisir sans pour autant se révéler extraordinaire. Elle reste finalement assez classique. Cela n’en fait jamais un mauvais film, mais démontre surtout qu’adapter une pièce de théâtre au cinéma est un exercice particulièrement délicat. Sans véritable enrichissement narratif, le matériau d’origine conserve parfois ses limites.

Je terminerai donc en disant que, d’un point de vue technique, d’ingéniosité et d’originalité, Aimer, boire et chanter est un véritable petit ovni cinématographique. Une œuvre passionnante dans sa forme, mais qui souffre malgré tout d’un matériau de base que j’aurais aimé voir davantage développé pour son passage sur grand écran.

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