S’il y a bien un instrument capable de faire passer mille émotions en quelques notes, c’est le piano. Et quand il vient habiller de vraies ballades, difficile de ne pas se laisser embarquer. Autant dire que Mathis Akengin part déjà avec un sérieux avantage sur Passage des fleurs, son nouvel album disponible depuis aujourd’hui.
Mais attention, il ne faut surtout pas croire que l’artiste se contente ici d’un disque uniquement doux, calme et contemplatif. Oui, l’ouverture installe immédiatement une atmosphère envoûtante, presque suspendue. Mais très vite, Mathis Akengin casse cette première impression avec First Floor, deuxième piste bien plus vive, plus lumineuse, presque hors du temps, qui injecte d’un coup une énergie inattendue à l’ensemble.
Et c’est justement là que l’album commence à intriguer pour de bon. Derrière son titre très français, Passage des fleurs dévoile sa première vraie ballade… en anglais. Un choix qui fonctionne parfaitement tant le morceau semble flotter dans l’air. La voix de Mathis Akengin y prend une ampleur particulière, presque ensorcelante, pendant que la composition évolue peu à peu vers quelque chose de plus libre, de plus surprenant, de presque cinématographique. Il y a dans ce titre une dimension de conte musical, comme si un morceau oublié de l’univers d’Edward aux mains d’argent avait été retrouvé puis réinventé pour lui.
Puis vient Voltige, et avec lui un de ces moments où plus grand-chose ne compte à part l’émotion immédiate. Le piano y est utilisé avec une délicatesse folle, au point qu’il devient presque inutile d’en faire des tonnes : c’est tout simplement beau.
Avec Mer d’Hiver, Mathis Akengin repasse au français sans rien perdre de sa force. Le morceau confirme surtout une chose : l’artiste ne cherche jamais à ressembler à tout le monde. Dans une époque où beaucoup de productions finissent par se confondre, lui choisit une autre route, plus personnelle, plus habitée, plus singulière. Une démarche qui rappelle ces artistes capables d’assumer pleinement leur différence, sans jamais la lisser.

Et plus l’album avance, plus une évidence s’impose. Mute Love en est sans doute la meilleure preuve. Peu d’artistes parviennent à créer autant de sensations avec une voix. Chez Mathis Akengin, il y a ce frisson discret, cette émotion qui monte sans prévenir, cette douceur qui apaise presque instantanément. Et, il faut le dire, cette magie opère encore davantage quand il chante en anglais.
Puis arrive la surprise. À la piste 9, l’artiste change légèrement de terrain. Le morceau casse les codes installés jusque-là avec une approche plus parlée, presque plus frontale, portée par une construction qui mélange chant classique sur le refrain et couplets plus scandés. Le résultat est inattendu, original, et montre surtout que Mathis Akengin a bien plus d’une idée en réserve. Musicalement aussi, le titre ose autre chose, avec une tension presque rock qui vient secouer toute la délicatesse développée jusqu’ici. Et c’est peut-être ça le plus frustrant : au moment où le morceau semble prêt à exploser totalement, il se termine déjà.
Mais tout ceci mène à quelque chose de magnifique, à nouveau…
Dehors (La nuit est tombée par terre) ne se contente pas d’être une belle chanson de plus. Le morceau vient presque tout remettre en perspective. Comme si tout l’album avançait jusque-là vers cet instant précis. Majestueux, habité, profondément touchant, il donne soudain à Passage des fleurs une toute autre dimension. Ce n’est plus seulement un joli disque rempli de beaux moments : c’est un album qui révèle, piste après piste, un artiste capable de surprendre, d’émouvoir et surtout de construire un vrai univers.
Et au fond, c’est peut-être ça la plus belle révélation de cet album : Mathis Akengin n’offre pas simplement de belles chansons, il impose déjà une identité.

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